French Book Club

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FRENCH BOOK CLUB 2016-2017

 

7 novembre 2016

Meursault, contre-enquête /  Kamel Daoud –

 

Cinquante ans après l’indépendance, voilà qu’un écrivain algérien s’empare de la langue française pour affronter l’autorité du régime actuel et pour faire face à sa langue de bois.  Le français n’est plus, comme au temps de Kateb Yacine, « un butin de guerre», car le pouvoir en Algérie ne parle plus cette langue. Il est devenu ce que Kamel Daoud appelle, dans Meursault, contre-enquête,  roman qui fera date dans la littérature algérienne, « un bien vacant » : une maison de fantômes, pourtant solidement construite, où l’on peut rêver d’une autre vie1.

Né en 1970, Daoud a été scolarisé en langue arabe dans un pays qui classe le français parmi les langues étrangères.  Dans son école, m’explique-t-il, c’était « une petite matière.»  Aujourd’hui, à l’école Mohamed Benzineb, autrefois  l’école communale où Camus a appris ses lettres, le français est obligatoire dès la troisième année du primaire.  Les élèves font une heure et demie d’étude, trois fois par semaine—ce qui n’est pas négligeable.  Mais toutes les écoles n’ont pas que de bons professeurs, et certains n’en ont aucun.

Co-facilitator, Theresa Smith

 

5 décembre 2016

Le chapeau de Mitterand / Antoine Laurain

 

Tout commence un soir de novembre 1986, lorsque Daniel Mercier, comptable à la Sogetec, décide de s’octroyer un plateau de fruits de mer dans une grande brasserie parisienne. Alors qu’il se délecte, François Mitterrand en personne vient occuper la table voisine, accompagné de Roland Dumas et d’un “gros trapu à lunettes et cheveux frisés” (Michel Charasse ?). Deux heures plus tard, le président s’en va, mais oublie son chapeau. Daniel Mercier s’en empare et ce simple accessoire, toutefois marqué F. M. en lettres d’or, va immédiatement changer sa vie. Or notre homme perd peu après le célèbre couvre-chef, et la jeune femme qui le récupère, une certaine Fanny Marquant, voit également sa vie bifurquer comme elle le souhaitait depuis longtemps.

Le chapeau va ainsi passer de tête en tête – un parfumeur réputé en mal d’inspiration, un grand bourgeois réac qui finira par se ranger à gauche -, conférant à ses éphémères propriétaires une assurance inédite… Sans jamais verser dans le fantastique ni le loufoque, Antoine Laurain signe là un quatrième roman épatant, qui arrive à marier, d’une plume sans prétention, un scénario très habile et les vestiges emblématiques de ces années 1980 – du Minitel au JT d’Yves Mourousi, de C’est la ouate qu’elle préfère, de Caroline Loeb, aux exactions d’Action directe, en passant par les colonnes de Buren. Bon d’accord, la formule est facile mais on n’y résiste pas : chapeau bas !

 

 

– Yolanda Griego et Jacqueline Bary, co-facilitators

 

9 janvier 2017

l’Annonce / Marie Hélène Lafon

 

Paul a quarante-six ans. Paysan, à Fridières, Cantal.
Cinquante trois hectares, en pays perdu, au bout de rien. Il n’a pas tout à fait choisi d’être là, mais sa vie s’est faite comme ça. Paul n’a qu’une rage : il ne veut pas finir seul, sans femme.
Annette a trente-sept ans. Elle est la mère d’Eric, bientôt onze ans. Elle n’a jamais eu de vrai métier. Elle vient du Nord, de Bailleul. Annette a aimé le père d’Eric, mais ça n’a servi à rien, ni à le sauver du vertige de l’alcool, ni à faire la vie meilleure. Alors elle décide d’échapper, de recommencer ailleurs, loin.
D’où l’annonce. Paul l’a passée. Annette y a répondu.
Sauf qu’il y a les autres. Le fils silencieux, et la mère d’Annette. Et les autres de Paul, ceux qui vivent avec lui à Fridières. Les oncles, propriétaires des terres. Et la soeur, Nicole, dix-huit mois de moins que Paul, qui n’a pas de mari pas d’enfant.

L’Annonce, nouveau roman de Marie-Hélène Lafon, raconte cette histoire d’amour.

Yolanda Griego et Judy Hill, co-facilitators

 

6 février 2017

L’amour aveugle / Patrick Cauvin

 

Jacques Bernier, quarante-cinq ans, professeur de français, part plein d’espoir rejoindre sa fille et ses amis en Provence pour les vacances. Mais ils sont jeunes et, très vite, il se sent complètement dépassé, hors circuit. Le miracle survient alors. Il tombe amoureux fou de Laura. Lui n’est pas Clark Gable, elle est aveugle. Ils mettront dans cet amour toute leur énergie et leur volonté de bonheur.
De l’infirmité de son héroïne, l’auteur fait une richesse et nous offre un festival de sensations tactiles, de sons et d’odeurs. Poésie, humour et tendresse, mais aussi gravité et tristesse, tout est réuni dans cette bouleversante histoire d’amour.

 

Jacqueline Bary, co-facilitator

 

6 mars 2017

Saisons sauvages / Kettly Mars

 

« Je suis la femme de Daniel Leroy et la maîtresse d’un secrétaire d’État macoute. C’est vrai je suis lâche, j’aurais pu me battre, refuser, crier au scandale. Mais j’aurais été seule, tout à fait seule. Seule face à la peur. J’aurais pu disparaître, me faire torturer et violer, comme il y a quelques années, au tout début de la dictature, cette journaliste, mère de cinq enfants. Maintenant la peur couche dans mon lit, je la baise, lui donne du plaisir, je profite de ses largesses. En me soumettant au secrétaire d’État je garde Daniel en vie. Pour le reste, pour demain, je ne sais rien. »

Années 60, Port-au-Prince : Duvalier et de ses tontons macoutes sont au pouvoir. Daniel Leroy, 39 ans, militant communiste et rédacteur en chef du principal journal d’opposition, a été enlevé. Comme tous les opposants au régime dictatorial, systématiquement traqués et éliminés. Pour avoir des nouvelles de son mari, Nirvah se rend chez le secrétaire d’État Raoul Vincent. Une rencontre capitale : le redoutable fonctionnaire tombe sous le charme de Nirvah. Il utilisera son pouvoir pour en faire sa maîtresse. Si elle veut que Raoul soit clément avec Daniel, Nirvah doit se soumettre à son désir. D’ailleurs, devenir la maîtresse officielle d’un homme fort du régime n’a pas que des désagréments. Encore faut-il supporter le regard inquisiteur des voisins et les questions muettes de ses propres enfants…

Kettly Mars décrit une période charnière de l’histoire de Haïti, quand le communisme semblait encore un idéal capable de s’opposer à la dictature. Elle tisse ensemble deux histoires : l’intime – le destin de Nirvah et de sa famille, et l’universelle – le régime politique dictatorial de Duvalier et ses exactions.

 

 

3 avril 2017

Une si longue letter / Mariama Bâ

 

Une si longue lettre est une oeuvre majeure, pour ce qu’elle dit de la condition des femmes. Au coeur de ce roman, la lettre que l’une d’elle, Ramatoulaye, adresse à sa meilleure amie, pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage.
Elle y évoque leurs souvenirs heureux d’étudiantes impatientes de changer le monde, et cet espoir suscité par les Indépendances. Mais elle rappelle aussi les mariages forcés, l’absence de droit des femmes. Et tandis que sa belle-famille vient prestement reprendre les affaires du défunt, Ramatoulaye évoque alors avec douleur le jour où son mari prit une seconde épouse, plus jeune, ruinant vingt-cinq années de vie commune et d’amour.
La Sénégalaise Mariana Bâ est la première romancière africaine à décrire avec une telle lumière la place faite aux femmes dans sa société.

 

Karla, co-facilitator