French Book Club

 

FRENCH BOOK CLUB 2017-2018

 

11 septembre 2017

Saisons sauvages / Kettly Mars

 

« Je suis la femme de Daniel Leroy et la maîtresse d’un secrétaire d’État macoute. C’est vrai je suis lâche, j’aurais pu me battre, refuser, crier au scandale. Mais j’aurais été seule, tout à fait seule. Seule face à la peur. J’aurais pu disparaître, me faire torturer et violer, comme il y a quelques années, au tout début de la dictature, cette journaliste, mère de cinq enfants. Maintenant la peur couche dans mon lit, je la baise, lui donne du plaisir, je profite de ses largesses. En me soumettant au secrétaire d’État je garde Daniel en vie. Pour le reste, pour demain, je ne sais rien. »

Années 60, Port-au-Prince : Duvalier et de ses tontons macoutes sont au pouvoir. Daniel Leroy, 39 ans, militant communiste et rédacteur en chef du principal journal d’opposition, a été enlevé. Comme tous les opposants au régime dictatorial, systématiquement traqués et éliminés. Pour avoir des nouvelles de son mari, Nirvah se rend chez le secrétaire d’État Raoul Vincent. Une rencontre capitale : le redoutable fonctionnaire tombe sous le charme de Nirvah. Il utilisera son pouvoir pour en faire sa maîtresse. Si elle veut que Raoul soit clément avec Daniel, Nirvah doit se soumettre à son désir. D’ailleurs, devenir la maîtresse officielle d’un homme fort du régime n’a pas que des désagréments. Encore faut-il supporter le regard inquisiteur des voisins et les questions muettes de ses propres enfants…

Kettly Mars décrit une période charnière de l’histoire de Haïti, quand le communisme semblait encore un idéal capable de s’opposer à la dictature. Elle tisse ensemble deux histoires : l’intime – le destin de Nirvah et de sa famille, et l’universelle – le régime politique dictatorial de Duvalier et ses exactions.

 

Karla, co-facilitator

 

 

2 octobre 2017

Kampuchea / Patrick Deville

 

Henri Mouhot, voyageur français en Indochine, fait une chute en pourchassant un papillon. En se relevant, il tombe nez à nez avec les temples d’Angkor. Patrick Deville prend cette anecdote comme point de départ pour tisser toute une histoire de l’Indochine, de Mouhot à la colonisation française, jusqu’à l’horreur du régime Khmer rouge.

 

Tout en livrant une méditation poétique sur cette tragédie, l’auteur raconte son voyage le long du fleuve Mékong et décrit la beauté des paysages cambodgiens. « Avec la puissance de ses phrases superbes, l’infinie subtilité de son analyse, Patrick Deville pose un million de fleurs sur ce vaste et absurde cimetière. » Le Figaro « Cette méditation, l’écrivain la conduit à sa manière, qu’on aime et admire de livre en livre : avec profondeur et ironie, mélancolie et minutie, intelligence et intensité. » Télérama Parution simultanée de Peste & Choléra aux Éditions du Seuil.

 

 

6 novembre 2017

Zazie dans le metro / Raymond Queneau

 

Gabriel, à la gare d’Austerlitz, attend l’arrivée de sa nièce, Zazie, «une mouflette» que lui confie pour deux jours sa mère, Jeanne Lalochère, qui vient voir un «Jules» à Paris.

Zazie a son franc parler, le sens de la répartie et n’est pas du genre à se laisser impressionner.

Elle voudrait découvrir le métro, mais il y a une grève. Zazie et son oncle prennent donc le taxi de Charles, un ami de Gabriel. Itinéraire imprécis car les deux compères sont incapables de s’accorder sur le nom des bâtiments.

Gabriel promène donc sa nièce dans le taxi de Charles, mais rien n’intéresse Zazie, qui ne cesse de faire des fugues au cours desquelles elle est l’objet de sollicitations diverses que la gamine, fort avertie, déjoue sans émotion.

Au soir de sa deuxième journée à Paris, après une mémorable poursuite en voiture à travers Paris, Zazie se retrouve avec tous ceux qu’elle a connus en deux jours : Turandot, le propriétaire de Gabriel, et son perroquet Laverdure ; Charles, le taxi ; Gridoux, le cordonnier ; la veuve Monaque, une hystérique ; Trouscaillon, un policier douteux ; Albertine, la femme de Gabriel ; Mado, la fiancée de Charles. Gabriel a invité toutle monde à souper dans un café.

Une bagarre se déclenche, où les combattants s’envoient à la tête une profusion d’assiettes de choucroute, tandis que Zazie, épuisée, s’endort appuyée à une table.

Finalement Jeanne Lalochère quitte son «jules» qui l’a déçue. À la gare, elle retrouve Zazie, qui est accompagnée d’un type en qui elle reconnaît Marcel. Elle demande à sa fille ce qu’elle a fait, et celle-ci lui répond : «J’ai vieilli.»

 

 

4 décembre 2017

Volkswagen Blues / Jacques Poulin

 

Dans le roman Volkswagen Blues, de Jacques Poulin, un écrivain nommé Jack Waterman entreprend un voyage accompagné par une jeune Amérindienne, Pitsémine – à travers l’Amérique du Nord, d’est en ouest, à la recherche de son frère Théo, qu’il n’a pas vu depuis 15 ans.

 

Leur parcours est littéraire aussi bien que réel, car les traces laissées par Théo sont en grande partie textuelles.  Il s’agit de cartes postales, de dossiers policiers, de faits divers, de visites aux bibliothèques.

 

 

8 janvier 2018

La petite femelle / Philippe Jaenada

 

Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d’avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d’assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n’est-elle, au contraire, qu’une jeune fille libre qui revendique avant l’heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n’a jamais voulu écouter ce qu’elle avait à dire, elle que les soubresauts de l’Histoire ont pourtant broyée sans pitié.
Telle une enquête policière,  La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d’un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l’équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable autodérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.

 

 

5 février 2018

Un sac de billes / Joseph Joffo

 

L’action se situe dans la France de 1941. Joseph, le narrateur, est âgé de 10 ans au début du récit. C’est un petit parisien assez heureux vivant dans le 18e arrondissement de Paris, dernier d’une famille de sept enfants (Dans l’ordre : Madeleine, Henri, Albert, Rosette, Esther, Maurice et Joseph). Il est très proche de son grand frère Maurice, deux ans plus âgé que lui. Ils fréquentent l’école Ferdinand-Flocon. Mais les Allemands occupent Paris et en viennent à imposer le port de l’étoile jaune. Pressentant le pire, les parents de Joseph organisent la fuite de la famille en zone libre.

Maurice et Joseph partent ainsi seuls un jour (début 1942) pour rejoindre Albert et Henri à Menton. Leur traversée de la ligne de démarcation à Hagetmau se passe sans problème, Maurice allant jusqu’à faire passer dans la nuit la ligne à un groupe et gagner ainsi 20 000 francs. Après une longue route semée de dangers et un passage par Marseille, ils retrouvent leurs grands frères à Menton.

Quatre mois plus tard, leurs parents sont arrêtés à Pau, internés au stade de la ville (qui était rattaché au camp de Gurs) puis libérés grâce à l’intervention d’Henri.

Les quatre frères rejoignent ensuite leurs parents arrivés à Nice. Ils rentrent à l’école de la ville en septembre 1942 où ils passent toute une année scolaire (ils suivent l’avancée des alliés qui débarquent en Afrique du Nord en novembre 1942 puis en Sicile en juillet 1943).

Dès leur arrivée à Nice, Maurice et Joseph sympathisent avec des soldats italiens et réalisent avec eux quelques trafics. Les Italiens mènent alors une « politique » différente des Allemands et des Français : pas d’arrestation de Juifs en zone occupée. Mais le répit ne dure qu’un temps pour la famille Joffo. Le 8 septembre 1943, le maréchal Pietro Badoglio signe la capitulation italienne tandis que l’Italie du sud poursuit la guerre du côté des Alliés. La zone d’occupation italienne est envahie par les Allemands (déjà présents en zone libre depuis novembre 1942).

La famille Joffo doit à nouveau se disperser. Maurice et Joseph sont envoyés se cacher dans un camp pour la jeunesse (Moisson Nouvelle) à Golfe-Juan. Mais de passage à Nice, ils sont arrêtés et conduits à la Gestapo installée à l’hôtel Excelsior. Les deux frères nient être juifs et la Gestapo finit par libérer Maurice afin qu’il ramène des certificats de baptême catholique. Le curé de la Buffa (Église Saint-Pierre d’Arène, rue de la Buffa à Nice) les lui fournit et intervient pour obtenir la libération des deux garçons, soutenu par Monseigneur Paul Rémond, archevêque de Nice. Libres, ils retournent à Moisson Nouvelle mais doivent vite fuir à nouveau.

Leurs parents sont restés cachés à Nice ; quand le père est arrêté (fin septembre ou début octobre 1943) et amené à l’hôtel Excelsior, Maurice et Joseph, qui viennent d’échapper de justesse aux griffes de la Gestapo, risquent d’être arrêtés de nouveau.

Au début du mois d’octobre, ils passent chez leur sœur se trouvant à Ainay-le-Vieil (dans le Cher), puis chez Albert, Henri et leur mère à Aix-les-Bains en Savoie. De là, Maurice et Joseph vont se cacher dans un village, R (allusion à la ville de Rumilly où J. Joffo a séjourné pendant la guerre). Maurice y travaille à l’hôtel de Commerce et Joseph est engagé comme coursier et hébergé jusqu’à la libération par un libraire pétainiste qui ignore que Joseph est juif.

Le 8 juillet 1944, l’heure des comptes a sonné dans le village. Joseph sauve le libraire en déclarant qu’il savait qu’il était juif mais ne peut empêcher son arrestation. Il est chargé de tenir la librairie du village. Mais lorsque Paris est libéré en août 1944, il l’abandonne pour retrouver sa famille qui a fini par regagner la capitale. Joseph prend le train pour Paris tandis que son frère Maurice, plus malin, se sert de la traction de son patron.

Le récit se termine par le retour de Joseph dans son quartier parisien. Là, il y retrouve sa mère et ses frères mais pas son père, qui ne reviendra pas de sa déportation au camp d’Auschwitz.